Cet article porte sur un type de communication qui, pour sa complexité linguistique, anthropologique et sociale, attire l’attention de spécialistes de plusieurs disciplines. Il s’agit d’un type de communication orale, plutôt qu’écrite, mais le processus d’interprétation qui le sous-tend amène à réfléchir sur des aspects qui concernent la « communication » au sens le plus large, et qui peuvent donc être tout aussi importants pour des expériences et des modèles pragmatiques d’écriture. Ce type de communication se produit dans des services qui en Belgique, en France, en Italie et en Espagne sont normalement connus sous le nom de « Médiation Linguistique et Culturelle » (MLC). Les services de MLC naissent à la suite de la migration de masse qui a caractérisé l’histoire récente en réponse à une demande croissante d’assistance et d’accès aux institutions publiques de la part des migrants (Luatti 2011, Baraldi et al. 2008, Valero-Garcés et Martin 2008). La MLC se déroule comme une interaction entre trois participants: un opérateur et un utilisateur d’un service qui ne parlent pas la même langue et qui ont généralement une histoire culturelle différente, et un médiateur qui parle deux langues et qui a une certaine familiarité avec les deux cultures. Une des façons, peut-être la principale, de mettre en œuvre la médiation est donc la traduction, au sens large du terme, entre ces deux langues et ces deux « cultures ». Nous nous référons ici à un concept opérationnel de « culture », dans la mesure où notre approche n’offre pas d’outils permettant une définition de départ. De notre point de vue, la culture est le résultat de l’interaction, qui fait ressortir la portée culturelle des histoires personnelles des participants (en tant qu’autochtones, migrants, alphabétisés et à quel « alphabet », ayant des expériences passées dans certaines institutions et certains pays) et leurs histoires sont, dans ce sens, anthropologiquement significatives. De plus, dans des situations telles que celles que nous analysons, la culture n’est pas seulement le résultat de l’interaction, mais elle est ancrée dans le contexte institutionnel, c’est-à-dire dans les orientations fondamentales de l’institution et dans les rôles prévus pour l’opérateur et l’utilisateur du service. En d’autres termes, la culture correspond ici à un ensemble d’attentes, relatives au contexte anthropologique et social, qui émergent à travers l’interaction. Dans cet essai, nous abordons un type d’interaction entre patients migrants, médecins (ou auxiliaires médicaux) et médiateurs, où le patient pose un problème et le médecin donne une solution (diagnostic, traitement ou autre). Dans ces interactions, les patients et les médecins parlent (pour la plupart) deux langues différentes et leur compréhension mutuelle est facilitée par un médiateur. Comme cela est généralement le cas en Italie, en Belgique et en France, nos médiateurs sont des professionnels ayant des profils culturels variés. Le plus souvent, ils sont issus des communautés immigrées et utilisés dans la communication entre les opérateurs et les migrants avec le double objectif d’assurer la compréhension linguistique et le traitement des différences culturelles. L’une et l’autre se produisent à travers des formes de traduction qui se basent sur des activités de « négociation » interactionnelle, par laquelle les participants établissent une compréhension mutuelle de ce qu’ils sont en train de faire, et font ressortir des connaissances, des perspectives et des relations. Dans cet article, nous nous concentrons sur quelques-unes de ces formes de traduction et sur l’activité interactionnelle qui les construit.

La négociation de la « traduisibilité » : Quelques pratiques d’interprétation dans les entretiens cliniques / Gavioli, Laura; Niemants, NATACHA SARAH ALEXANDRA. - STAMPA. - (2013), pp. 233-248.

La négociation de la « traduisibilité » : Quelques pratiques d’interprétation dans les entretiens cliniques

GAVIOLI, Laura;NIEMANTS, NATACHA SARAH ALEXANDRA
2013-01-01

Abstract

Cet article porte sur un type de communication qui, pour sa complexité linguistique, anthropologique et sociale, attire l’attention de spécialistes de plusieurs disciplines. Il s’agit d’un type de communication orale, plutôt qu’écrite, mais le processus d’interprétation qui le sous-tend amène à réfléchir sur des aspects qui concernent la « communication » au sens le plus large, et qui peuvent donc être tout aussi importants pour des expériences et des modèles pragmatiques d’écriture. Ce type de communication se produit dans des services qui en Belgique, en France, en Italie et en Espagne sont normalement connus sous le nom de « Médiation Linguistique et Culturelle » (MLC). Les services de MLC naissent à la suite de la migration de masse qui a caractérisé l’histoire récente en réponse à une demande croissante d’assistance et d’accès aux institutions publiques de la part des migrants (Luatti 2011, Baraldi et al. 2008, Valero-Garcés et Martin 2008). La MLC se déroule comme une interaction entre trois participants: un opérateur et un utilisateur d’un service qui ne parlent pas la même langue et qui ont généralement une histoire culturelle différente, et un médiateur qui parle deux langues et qui a une certaine familiarité avec les deux cultures. Une des façons, peut-être la principale, de mettre en œuvre la médiation est donc la traduction, au sens large du terme, entre ces deux langues et ces deux « cultures ». Nous nous référons ici à un concept opérationnel de « culture », dans la mesure où notre approche n’offre pas d’outils permettant une définition de départ. De notre point de vue, la culture est le résultat de l’interaction, qui fait ressortir la portée culturelle des histoires personnelles des participants (en tant qu’autochtones, migrants, alphabétisés et à quel « alphabet », ayant des expériences passées dans certaines institutions et certains pays) et leurs histoires sont, dans ce sens, anthropologiquement significatives. De plus, dans des situations telles que celles que nous analysons, la culture n’est pas seulement le résultat de l’interaction, mais elle est ancrée dans le contexte institutionnel, c’est-à-dire dans les orientations fondamentales de l’institution et dans les rôles prévus pour l’opérateur et l’utilisateur du service. En d’autres termes, la culture correspond ici à un ensemble d’attentes, relatives au contexte anthropologique et social, qui émergent à travers l’interaction. Dans cet essai, nous abordons un type d’interaction entre patients migrants, médecins (ou auxiliaires médicaux) et médiateurs, où le patient pose un problème et le médecin donne une solution (diagnostic, traitement ou autre). Dans ces interactions, les patients et les médecins parlent (pour la plupart) deux langues différentes et leur compréhension mutuelle est facilitée par un médiateur. Comme cela est généralement le cas en Italie, en Belgique et en France, nos médiateurs sont des professionnels ayant des profils culturels variés. Le plus souvent, ils sont issus des communautés immigrées et utilisés dans la communication entre les opérateurs et les migrants avec le double objectif d’assurer la compréhension linguistique et le traitement des différences culturelles. L’une et l’autre se produisent à travers des formes de traduction qui se basent sur des activités de « négociation » interactionnelle, par laquelle les participants établissent une compréhension mutuelle de ce qu’ils sont en train de faire, et font ressortir des connaissances, des perspectives et des relations. Dans cet article, nous nous concentrons sur quelques-unes de ces formes de traduction et sur l’activité interactionnelle qui les construit.
Entre linguistique et anthropologie Observations de terrain, modèles d'analyse et expériences d'écriture
D. Londei L. Santone
9783034314701
Peter Lang
SVIZZERA
La négociation de la « traduisibilité » : Quelques pratiques d’interprétation dans les entretiens cliniques / Gavioli, Laura; Niemants, NATACHA SARAH ALEXANDRA. - STAMPA. - (2013), pp. 233-248.
Gavioli, Laura; Niemants, NATACHA SARAH ALEXANDRA
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